|
Les indications en italique sont des informations ou commentaires faits par les participants pendant la réunion.
Introduction
Le principe des extraits végétaux peut se comparer aux médecines globales (homéopathie, acupuncture, naturopathie, etc). L'objectif est de renforcer le terrain, de l'équilibrer afin qu'il puisse de lui-même gérer les agressions dont il est l'objet. Nous sommes donc dans une logique de prévention.
Il est également important de se rappeler que les plantes ne sont pas des petites choses fragiles. Le règne végétal est remarquablement adapté à son environnement et possède de multiples stratégies défensives et moyens de défense. En fait, les plantes cohabitent avec leurs prédateurs. Mais la mise en culture par l'homme affaiblit les plantes en les sortant de leur contexte naturel. Les extraits végétaux vont permettre de renforcer les mécanismes dormants de défense des plantes. Ils vont aider à retrouver une harmonie, ce qui demande du temps et de la patience : les effets ne sont pas forcément immédiats mais ils sont par contre durables et permettent une amélioration générale. Ce ré-équilibrage du milieu est long et peut demander plusieurs années. L'objectif n'est plus d'éradiquer mais de réguler en renforçant les défenses naturelles. Il faut toujours se rappeler que derrière un ravageur, il y a une chaîne alimentaire qui s'appuie sur lui.
Les extraits de plantes ne servent pas à nourrir, ils stimulent la croissance et les défenses immunitaires. Ils vont apporter les éléments nécessaires à la revitalisation du sol et à une bonne alimentation de la plante. Du coup, on améliore leur résistance et leur rendement.
Les extraits végétaux s'apparent à de la phytothérapie. Ils contiennent, de façon très diluée, des substances élaborées complexes.
Les extraits végétaux sont de véritables cocktails moléculaires. Ces nombreuses molécules actives (dont des hormones végétales) agissent en synergie. Ils contiennent également des oligo-éléments, des vitamines, des bactéries et de nombreux enzymes.
Certains extraits sont des bio-stimulants, d'autres ont une action insecticide, d'autres sont fongicides (lutte contre les champignons parasites), d'autres ont une action anti-bactérienne et d'autres enfin sont des répulsifs.
Le travail de recherche sur les extraits végétaux est récent. Beaucoup donc reste à découvrir … et à expérimenter par chaque jardinier.
Les différents types d'extraits végétaux et leur réalisation
1. Les extraits fermentés Ils résultent de la fermentation de fragments végétaux dans de l'eau.
On utilise de préférence de l'eau de pluie (entre 15° et 25 °C). L'eau ne doit pas être calcaire. L'eau de ville contient du chlore et du calcaire, le chlore contrecarrant l'action des bactéries. Le remède est alors de laisser l'eau de ville à l'air libre, pendant 2 à 4 jours et de la brasser de temps à autre. L'eau du puits ou de source est souvent calcaire et chargée en nitrates.
La qualité de l'eau est essentielle et responsable des principales causes d'échec de fermentation
Le récipient doit être plus haut que large pour que les plantes baignent bien et d'un minimum de 15 litres (plus le récipient est volumineux et plus on a de chance d'éviter des blocages). Un récipient en plastique est le plus pratique.
Les plantes, dès qu'elles sont cueillies, seront coupées en petits morceaux pour faciliter l'extraction des substances actives. Plus la plante est coriace, plus cette fragmentation est nécessaire.
Il faut compter environ 1kg de plantes fraîches pour 10 litres d'eau, voire moins. Les plantes doivent largement baigner dans l'eau et on doit pouvoir facilement remuer le tout (il ne doit donc pas être trop compact). Une augmentation de la dose de plantes ne rendra pas l'extrait plus performant.
On peut aussi utiliser des plantes que l'on aura fait sécher mais il faudra alors augmenter la proportion d'eau.
La fermentation demande un suivi. Plus la température est élevée, plus l'extrait fermente vite. Cela peut aller de 5 à 30 jours. Par exemple, à 18-20°C, un extrait d'ortie es prêt en moins de 15 jours.
Il est préférable de mettre le récipient dans un local pour mieux le mettre à l'abri de la lumière. Le récipient devra donc être couvert.
Il est impératif de brasser le contenu en fermentation 1 à 2 fois par jour et pendant plusieurs minutes. En effet, c'est l'oxygène présente dans l'eau et celle qui résulte du brassage, qui alimente la fermentation. Vous vérifierez au passage si un tapis de petites bulles homogènes remonte du fond.
L'extrait est prêt lorsque ces bulles n'apparaissent plus au brassage (il s'agit d'une fine écume à ne pas confondre avec les grosses bulles causées par le brassage lui-même).
L'observation des bulles de fermentation est assez évidente pour l'extrait fermenté d'ortie. Pour d'autres végétaux c'est moins évident. Quand à la prèle, 2 personnes témoignent qu'elles n'ont observé aucune bulle de fermentation.
Il faut alors filtrer l'extrait pour bloquer la fermentation. Faute de quoi l'extrait va entrer en putréfaction.
La filtration doit éliminer la pulpe afin de stopper la fermentation et obtenir un liquide pulvérisable qui ne bouchera pas le pulvérisateur. On peut utiliser une passoire de cuisine très fine, ou un drap tendu (ceux qui ont essayé le drap trouvent ce système très peu pratique. Notre présidente bien-aimée conseille d'utiliser un collant, nettement plus pratique) . Attention à ne pas non plus trop filtrer, ce qui ferait perdre de son efficacité à l'extrait.
L'extrait doit ensuite être stocké dans des bidons, sans laisser d'air. L'extrait doit rester à l'abri de l'air et de la lumière, aux alentours de 12°. Des bidons en plastique opaque sont très pratiques et leur souplesse permet également l'éventuelle dilatation si une petite fermentation subsistait. Il faut alors purger le gaz en ouvrant le bouchon puis le refermer.
On peut conserver l'extrait de plantes d'une année sur l'autre mais une fois entamé, il faut employer le contenu dans les deux mois.
2. Les décoctions
On les obtient en faisant bouillir les plantes. On les coupe au préalable assez grossièrement avant de les laisser tremper pendant 24 heures dans l'eau (toujours de pluie de préférence).
Puis on porte le tout à ébullition pendant 20 à 30 minutes, à petit bouillon et sous couvercle.
On laisse ensuite refroidir, sans enlever le couvercle. Une fois refroidie, on la filtre.
Les décoctions ne se conservent que quelques heures, un à deux jours maximum.
Les plantes à qui la décoction convient le mieux sont les plantes coriaces : la racine d'ortie, la prêle, la consoude et la sauge officinale. On préfèrera l'infusion pour les plantes plus molles, non ligneuses.
Les décoctions sont utilisées à titre préventif ou curatif contre les maladies et ravageurs. Certaines décoctions ont aussi pour effet de renforcer les plantes : ainsi, la décoction de consoude est à la fois engrais foliaire, insecticide et légèrement fongicide.
3. Les infusions
On plonge les fragments de plantes dans l'eau, puis on met à bouillir. On arrête l'ébullition dès que l'eau frémit. On met alors un couvercle. On laisse infuser jusqu'à refroidissement avant de filtrer.
Certains recommandent de pulvériser l'infusion à 45° C pour lutter contre les pucerons.
L'infusion est surtout recommandée pour les préparations insecticides : l'infusion d'ortie est très efficace contre certains pucerons. Néanmoins, cette action est surtout visible dans les jardins équilibrés. Si ce n'est pas le cas, le recours aux extraits fermentés ou aux décoctions, plus fortement dosées, s'impose.
On ne stocke pas l'infusion, mais on peut la garder quelques jours au frigo.
L'infusion de fougère est efficace contre les cicadelles.
4. Les macérations
Appelée aussi extrait à l'eau froide, elle consiste à laisser tremper les fragments de plantes dans l'eau à température ambiante pendant 24 heures seulement.
Les plantes doivent être finement hachées. On met 1 kg dans 10 litres d'eau.
Ensuite on filtre et on pulvérise pur.
On ne stocke pas, sinon une fermentation se déclenche.
Les macérations sont surtout valables en dépannage ou pour un petit jardin ou un balcon.
Les macérations sont principalement fongicides. Leur action est douce.
Les plantes utilisées
Quatre plantes font office de vedettes : l'ortie, la consoude, la prêle et la fougère aigle.
Voir tableaux ci-joints listant des plantes stimulantes, à action fongicide, répulsives ou insecticide.
1. La consoude
La consoude aime la mi-ombre ; trop au soleil, elle s'étiole vite. Elle aime les terrains humides. Sa racine est pivotante et s'enfonce très profondément dans le sol, ce qui lui permet d'aller y chercher des éléments qu'elle va ramener dans les feuilles. Sa durée de vie est de 20 à 30 ans.
On reproduit la consoude soit par graines, soit tout simplement en coupant une feuille et en la plantant dans le sol (à faire à l'automne ou en fin d'hiver). L'extrême vivacité de cette plante lui permet de se reproduire ainsi très facilement. |
 |
La consoude est très équilibrée en potasse et en azote. C'est une plante très complète ; a elle seule, elle peut se transformer en humus. Pour cela, il vous suffit de mettre de la consoude dans un sac de plastique, de le fermer, puis de le laisser ainsi. Au bout de quelques temps, vous récupèrerez un compost de très bonne qualité.
Découper des feuilles de consoude pour les mettre dans les trous avant de faire vos plantations est vivement recommandé ; notamment pour les rosiers.
Des feuilles simplement posées sur le sol autour des plantes est également très efficaces pour toutes les plantes et plus particulièrement pour les plantes en pots (information confirmée par un participant qui a vu ses plantes d'intérieur qui jaunissaient redevenir bien vertes).Une intervenante le conseillera également pour les citronniers en pot.
De l'extrait fermenté pur versé sur le sol avant plantation, notamment des pommes de terre, des tomates et des aubergines, apporte un stimulant très efficace.
L'infusion de consoude est insecticide.
2. L'ortie
L'ortie active la transformation en humus ; il est donc recommandé d'en mettre dans le compost pour accélérer la formation de l'humus.
La composition de l'ortie et de la consoude est la même que celle de l'humus. Elles ne pourrissent donc pas. C'est pour cette raison qu'il est bon de mettre des fragments de l'une ou de l'autre dans le trou (en recouvrant ensuite d'un peu de terre) au moment de toute plantation.
L'extrait d'ortie combat le mildiou. |
 |
La décoction de tanaisie est efficace contre les pucerons.
L'extrait fermenté d'euphorbe épurge est très efficace pour éloigner les taupes. Il permet une action à postériori, c'est-à-dire une fois que la taupe a creusé tout un réseau de galerie. En effet, il s'agit de verser pur l'extrait dans les galeries. C'est l'odeur qui fait fuir la taupe. L'efficacité du procédé dure environ 5 mois. Le procédé sera donc à renouveler car la taupe, qui est partie juste à côté, a tendance à revenir.
Il ne faut pas mettre de prêle dans le compost car son action fongicide bloque le développement des champignons.
L'utilisation des extraits végétaux
Quelques règles de base et de bon sens :
- On traite quand les plantes sont réceptives : on ne traite donc pas des plantes qui ont soif, on traitera de préférence juste après une pluie (et pas avant), par temps couvert (pas en pleine chaleur)
- On doit intervenir tôt pour donner aux plantes toutes les chances d'être en bonne santé. La règle est donc l'anticipation, notamment pour les extraits stimulants qui devront être apportés le plus tôt possible.
- Des passages trop fréquents peuvent induirent des réactions négatives (1 passage tous les 15 jours pour les cultures herbacées est une bonne moyenne, 3 à 4 passages annuels pour les espèces ligneuses).
- C'est d'abord votre observation qui vous permettra de définir les meilleurs plans de traitement.
- Il faut toujours faire fermenter les plantes à part. Même s'il est possible de faire des associations au moment de l'utilisation (exemple : ortie + consoude + prêle pour stimuler le sol).
- On ne mélange pas les extraits végétaux qui guérissent et ceux qui stimulent. D'abord on soigne, puis on nourrit.
- Pour un effet stimulant, on arrosera ou pulvérisera le matin alors que pour traiter contre les insectes ou les maladies on le fera le soir.
Arrosage ou pulvérisation ?
L'arrosage est souvent privilégié parce que semble-t-il plus rapide. Les doses apportées sont souvent exagérées, ce qui n'augmente nullement l'efficacité mais gâche une matière précieuse. La dilution de l'arrosage est à 20% (2 litres pour 8 litres d'eau). L'arrosage ne doit pas chercher à mouiller le feuillage.
La pulvérisation constitue une technique finalement plus rapide et l'action stimulante par le feuillage est spectaculaire. Elle s'impose pour les traitements fongicides et insecticides. La dilution est alors à 10%. Attention à ne pas trop en faire : le feuillage doit juste être humide, sans plus ; le produit ne doit pas dégouliner des feuilles. En cas de préparation fongicide et insecticide, on pulvérise en priorité le dessous des feuilles.
En arrosage comme ne pulvérisation, on aura soin d'utiliser une eau de qualité et de généreusement brasser le mélange avant utilisation.
Quand utiliser les extraits végétaux ?
En fin d'hiver (février), on arrose ou pulvérise un extrait fermenté d'ortie dilué à 20% pour favoriser la montée de sève et la relance de la microflore du sol.
Au printemps, apportez des extraits stimulants (mélange ortie et consoude par exemple) une fois tous les 15 jours, jusqu'en juillet, par pulvérisation, le matin de préférence.
En été diminuez la cadence (1 fois par mois). Appliquez en plus des remèdes spécifiques pour les maladies et insectes qui apparaissent à cette saison. Pour cela, les décoctions ou infusions sont tout à fait indiquées.
En automne, il n'est plus utile de pulvériser sur les feuilles. On se contentera donc d'arroser au pied.
En hiver, on n'arrose pas au pied. Les pulvérisations contre les cochenilles sont effectuées sur les troncs et les grandes branches.
Les légumes gourmands seront arrosés dès les premiers stades, quand la reprise est constatée : c'est le meilleur moment pour favoriser l'enracinement.
Informations diverses des intervenants :
Des feuilles de rhubarbe coupées et posées en paillage autour des fraisiers éloigne les limaces.
Contre les larves de pucerons, on conseille une vaporisation d'eau avec 10% de glycérine (ou savon noir).
Mariam nous recommande la fabrique de pastel à Lectoure, dans le Gers.
|